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La lettre du Président

L'unanimisme écologique des candidats à l'élection présidentielle française, la prise de position très ferme de la Commission européenne sur les émissions de gaz à effet de serre, le changement de cap spectaculaire du Président américain, très proche du lobby pétrolier texan, et bien d'autres symptômes encore, illustrent un phénomène majeur : le vert est à la mode.

Notre famille et notre Groupe furent avant-gardistes ; nous n'avons pas attendu pour nous intéresser à la préservation de la planète - en soutenant la Fondation polaire - et à la communication « verte », puisque les Gitana, « formules 1 écologiques des mers », sont indissociables de l'image du Groupe LCF Rothschild. Le talent de Lionel Lemonchois, la compétence de la Gitana Team et les vents favorables nous ont apporté la victoire dans la Route du Rhum : nous nous sentons le droit de dire qu'il faut consommer l'écologie avec modération et pertinence.

Car les excès des « verts » depuis un demi-siècle, et aux quatre coins du monde, desservent la cause écologique. Lorsqu'ils ne sont pas hors sujet, les « verts » commettent tous les contresens. Opposés à l'énergie nucléaire qui reste la seule réponse massive au bouleversement climatique. Et, depuis le « Club de Rome », préconisant peu ou prou la croissance zéro. Doit-on vraiment interdire la croissance au monde émergent, sous prétexte que notre oasis d'opulence a déjà détraqué le climat ?

Je voudrais faire quelques remarques tranquilles avant que le vacarme de « l'écolomanie » ne devienne assourdissant. D'abord, si les gouvernements des grands pays ont esquivé le sujet jusqu'ici, malgré les signaux d'alarme lancés par les scientifiques il y a belle lurette, c'est qu'il n'y a pas de réponse simple. Aucun traitement ne produira d'effet correcteur sur le climat avant plusieurs décennies. Toute mesure règlementaire brutale serait gravement destructrice d'activité et donc génératrice de pauvreté. Et s'il est un domaine où la mondialisation s'impose, c'est bien celui de la préservation de la planète : aucun protectionnisme climatique possible, donc pas de vertu isolée. Mais une action planétaire coordonnée, de longue haleine, et nourrie d'une solide réflexion.

Ensuite, et c'est heureux, les dirigeants du monde sont désormais forcés de traiter la menace écologique, puisque l'opinion s'inquiète. Est-ce la succession des tsunamis (sans rapport avec le climat) et des tornades (symptômes du dérèglement) ? Est-ce le film d'Al Gore, ancien Vice-Président de Bill Clinton, qui n'avait pas plus signé le protocole de Kyoto que son successeur ? Est-ce la prise de conscience de la rareté des énergies fossiles (pétrole et gaz) face à l'accélération de la croissance mondiale ? En tout cas, l'opinion mondiale évolue vite et fort. Les gouvernements des démocraties occidentales, qui ont abandonné leurs responsabilités « parentales », ne résisteront pas à la fronde écologique de leurs enfants.

Enfin, il n'existe qu'une réponse valide à la réconciliation de la lutte contre la pauvreté et de l'écologie, c'est l'innovation technique. Claude Allègre, ancien ministre socialiste français, l'explique et l'exprime parfaitement : « Vive l'écologie moteur de la croissance ! A bas l'écologie du déclin ! ».

Aucune autre voie que le progrès scientifique n'est imaginable pour répondre à cet immense défi. Et ce serait bien le moins que nos pays développés s'emparent de ce sujet puisqu'ils sont fortement responsables de la dégradation actuelle, qu'ils ont l'avance technologique nécessaire et qu'ils trouveraient là un grand projet de développement économique, compensatoire de la délocalisation de leurs activités traditionnelles.

Mais si les pays industrialisés ne s'attaquent pas énergiquement à cette forteresse, ils se feront rapidement damer le pion par les puissances émergentes. Parce qu'elles sont bien plus conscientes qu'on ne le dit de la menace écologique résultant de leur croissance à deux chiffres. Parce qu'elles nous ont démontré qu'elles pouvaient contrôler leur démographie, elles nous confirmeront que la prise en compte des questions écologiques est une cause majeure. Elles l'ont déclaré, alors qu'attendons-nous pour innover ?

Baron Benjamin de Rothschild.

 

« Notre famille et notre Groupe furent avant-gardistes ; nous n'avons pas attendu
pour nous intéresser à
la préservation de la planète. »

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